marlo membre
 | Sujet : Café Bertrand : Article Crossroads Mars 2006 Posté le : 11/04/2006 à 18:33
MARS 2006 Crossroads Compact #40
LES THEMES DE L'EMPRUNT
Si, en des temps lointains que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, un certain Philippe Clay déclarait dans une chanson : « Le charleston, ce n'est pas la pavane pour l'infante défunte », on pourrait affirmer qu'en 2006 un groupe nommé Café Bertrand arrive à point nommé pour rappeler que le rock n'est pas le nouveau menuet pour Bobo gentilhomme moderne. A l'heure où les majordomes du disque, relayés par la complaisance des médias, produisent de la musique chiffon pour enjoliveurs de roue de la fortune et des artistes « rebelles » à mèches lentes et, néanmoins savament disposées, il est nécéssaire, voire vital, de dérouler le tapis rage au quintet de Manosque, des gens qui "envoient vraiment", selon la formule réccurente de Walther Gallay, chanteur compositeur de C.B dont les textes sans pitié phonéticommerciale vous propulsent directement au troisième degré des mots qui brûlent. De la diapoésie en flashs surpuissants, loin des chansons clichés qui font les délices des forcenés de l'easy listenning et des amateurs de sagas culcultes, genre Les bronzés font du rock. Complètement à l'ouest donc de Café Bertrand qui ne se prive pas de balancer ses torches éléctriques dans le fondement de la chose, grillant au passage quelques polypes sonores qui encombrent le transit musical de notre cher pays. Pour résumer ces coloscopiques propos, on concluera donc que le rock, entre autres motivations exacerbées et considérations yoyo culturelles, il vient de là, il vient des tripes. Confirmation par Walther Gallay et Stéphane Honde, guitariste pertinent.
CROSS : Vous venez de Manosque en haute Provence, une région qui évoque plus un univers lumineux à la Pagnol que le rock carcéral des grandes villes. Faire chauffer sa musique au soleil, finalement, n'est ce pas , un handicap supplémentaire pour un groupe comme Café Bertrand ?
WALTHER : On peut parfaitement éprouver de la rage ou de la frustration au soleil et s'ennuyer ferme sous un ciel bleu. L'ennui, la frustration sont des sentiments qui nourrissent le rock. En région P.A.C.A. il n'y a pas réellement de scène rock. C'est plus axé sur le dub et le reggae avec un côté festif à la Zebda , ce genre de groupes qui métissent la chanson française auxquels on peut rajouter quelques formations blues qui jouent ici et là, selon le bon vouloir des patrons de bar ou la disponibilité de certaines petite salles. Sinon, en tant que groupe purement rock s'exprimant en français, je pense que, sauf erreur ou omission, on doit être les seuls. La région PACA est très grande et en même temps plutôt désertique .Culturellement, il ne s'y passe pas grand chose. En fait, on y réside un peu, et même beaucoup, pour des raisons pratiques .A la base, le groupe vient de Haute Savoie .En ce qui me concerne je suis descendu à Manosque il y a 3 ans parce que Steph et Alain, le bassiste, ont un studio d'enregistrement appelé le Garage, qui est utilisé par un certain nombre de groupes, ou nous mêmes répétons et enregistrons nos morceaux dans des conditions tant financières que techniques, tout à fait correctes. Maintenant, il s'avère que qu'il n'y a pas grand chose à espérer du conseil régional qui se contrefout de cette mouvance culturelle. Inutile de préciser que ces gens là penchent à droite.
STEPH : Oui, hormis le théâtre, culturellement, on ne subventionne pas grand chose en PACA .Cela dit, coté public, ce n'est pas très réactif non plus. Beaucoup de gens se plaignent du manque de concerts mais en même temps, ils ne répondent pas présents ou tout au moins, pas suffisamment, quand on organise quelque chose. Nous mêmes, cet été,avons joué un peu partout ;22 dates pour être précis. C'est un peu comme labourer toujours le même champ. Il va de soi que Café Bertrand doit se faire entendre ailleurs .De toutes façons, faire du rock en France, c'est un peu faire de la résistance même si on assiste par ailleurs à l'émergence d'une pseudo scène rock ou l'on retrouve des gens comme Kyo pour ne citer que les plus emblématiques. Ce genre de groupe qui fonctionne beaucoup sur l'image et qui s'appuie sur des reprises,un peu comme dans les années 60.Alors qu'il y a la place pour de vrais groupes drainant un vrai public avec un répertoire original.
WALTHER : On s'en rend particulièrement compte lors des concerts. Il y a cette attente d'authenticité dans la musique .Les gens en ont marre des tricheurs,des faux semblants,de tous ces groupes formatés « à la manière de » ou des nouveaux « Machin » ou des derniers rebelles de la jeune chanson française.
CROSS : Les reprises sont interdites de séjour chez Café Bertrand ?
WALTHER : Sur disque, oui. Par contre, sur scène il n'est pas exclu que l'on reprenne un titre des Faces ou des Who qui sont des groupes que l'on adore comme on apprécie nombre de groupes anglais des sixties. Ce qui veut dire que, pour nous, le rock est essentiellement Anglais, même s'il est né aux Etats Unis, même si les US demeurent un creuset essentiel de cette musique, encore que, il y aurait beaucoup à dire sur ce qu'aujourd'hui, on nous présente comme étant les nouveaux héros ou « sauveurs » du rock venus d'outre Atlantique. Je pense à The Strokes pour ne citer que la hype la plus récente en la matière, sans parler des néo punk Californiens qui me paraissent un peu suspects dans leur démarche. Ce qui nous paraît être moins le cas en ce qui concerne le rock Anglais si on sait faire abstraction des enthousiasmes à répétition des Mélody Machin et autres New music bidule locaux .Il y a chez les groupes Anglais un son qui nous semble plus original et des intentions qui nous apparaissent plus sincères. Chez les américains,il faut aller piocher dans le passé avec des incontournables comme les Doors, Dylan, Hendrix,ou alors des oubliés ou des méconnus ou des reconnus sur le tard. Il y a les Stooges bien sur mais je pense plus particulièrement au Gun Club de Jeffrey Lee Pierce. Ce type était incroyable, sa façon de chanter, de tordre le blues et le rock, sa culture musicale. Naturellement,il nous a été reproché de sonner comme Noir Désir,encore que j'aimerais qu'on me cite également Trust ou No One is innocent, Iggy Pop etc.…Mais pour en revenir à Noir Désir,s'ils n'ont pas été influencés par le Gun Club,ils ont été influencés par personne. « En route pour la joie », par exemple, c'est du JLP pur jus. Ajoutons à cela le coté chaman de Jim Morisson et on peut dire que N D est autant redevable à ces gens là que nous,Café Bertrand,devons quelque chose à N D.
CROSS : Ce nom, Café Bertrand,c'est un aveu librement consenti de même que le titre de l'album "Les airs empruntés " est une reconnaissance de dettes ?
WALTHER : Il est vrai que s'appeler Café Bertrand peut être perçu comme une référence directe ou un hommage à Bertrand Cantat .Ce qui n'est pas le cas même si on apprécie beaucoup la musique de Noir Désir. En fait, ce nom vient du premier café parisien ouvert par des ouvriers dans les années 20.Nous avons découvert l'existence de ce bar en 92 par le biais d'un reportage télé. A l'époque, justement, on cherchait un nom pour le groupe et, presque immédiatement on a tilté sur celui là, d'une part parce qu'on trouvait qu'il était simple et qu'il sonnait bien français, et, d'autre part, du fait qu'il y avait cette connotation populaire, ce côté classe ouvrière dont on se sentait proches vu que nous sommes tous issus de ce milieu là. De plus,il y avait cette photo du troquet avec,devant,ses habitués dont plupart portaient des casquettes de prolo ,ce qui nous a paru être un clin d'oeil du destin puisqu'à ce moment là,nous mêmes,arborions de splendides bâches de rebelles. Quant au titre de l'album »Les airs empruntés », c'est effectivement une allusion à l'héritage musical que nous ont laissés les grands bâtisseurs du rock. Personne n'échappe a ses références, qu'elles soient évidentes ou, plus ou moins masquées. D'ailleurs dans le morceau « Les airs empruntés »,il y a cette intro à la guitare que l'on a piquée à Iron Maiden sur un titre de leur premier album. Alors que ce que l'on fait n'a rien à voir avec Iron Maiden .C'est à la fois une façon de brouiller les pistes et en même temps de dire que Café Bertrand est réceptif à tous ce qui privilégie l'action directe et la puissance de feu dans le rock. Et qu'il entend bien les utiliser à fond,même,et surtout en variant les ambiances ,quitte à ce qu'ici l'on entende du Noir Désir,là du No One,ailleurs de l AC DC bien encore du punk ou du blues ou de la chanson réaliste. L'essentiel étant qu'à l'arrivée on reconnaisse la compétence et l'honnêteté de C B.J'insiste sur le mot honnêteté. Café Bertrand est un groupe qui n'a jamais dévié de sa route. Et quand je dis « Rendons ces airs à César »cela veut dire, entre autres choses ; OK, nous ne pouvons éviter d'emprunter pour démarrer l'affaire mais, dès lors qu'elle tourne seule, nous ne devons plus rien à personne. Les seuls emprunts dont on se soit passé sont ceux des banques !…
CROSS : Café Bertrand démarre en 92.Noir Désir vient de sortir " Tostaky ". Le mouvement grunge n'est pas loin d'atteindre le nirvana. Les désastreuses années 80 semblent définitivement enterrées. Est ce qu'il y a un côté conjoncturel dans la naissance du groupe ? Le retour des guitares, cette hargne électrique décomplexée ?
WALTHER : Je ne pense pas que l'on été spécialement boostés par le mouvement grunge ou quoique ce soit pas plus que les années 80 aient orienté désorienté notre façon de penser la musique.
STEPH : Je crois que tout le monde dans le groupe a des références plus anciennes situées dans les sixties seventies. On a beaucoup écouté les Doors, les Rolling Stones, etc., pas seulement pour la musique mais aussi, et peut-être surtout, pour l'esprit. Personnellement,en tant que guitariste,j'ai plus flashé sur des gens comme Zappa qui était un maître technicien de la 6 cordes,ou bien le son de Ritchie Blackmore ,Jimmi Page,Jeff Beck,etc. et .Jimmi Hendrix,bien sur,qui a envoyé la guitare sur une autre planète.6 amplis Marshall en relais !Monstrueux ..Le grunge, c'était plus un truc réactif avec un retour salutaire de l'énergie punk ; le teenage spirit. Gros son, gros riffs, grosses voix, peu ou pas de solos même si Pearl Jam ou Soundgarden, que j'aime bien ont développé quelques parties de guitares bien senties .Je pense que l'utilisation des guitares est très maîtrisée chez C B.Elles sont à la fois bien présentes et puissantes et, en même temps,elles ne sont pas inutilement démonstratives. Dom, l'autre guitariste, a une grande expérience musicale. C'est un gamin très doué qui va sur ses 45 printemps !…En ce qui me concerne, je me concentre surtout sur le feeling même s'il m'est arrivé de tester mon niveau technique en compagnie de certaines pointures tel Steve Vaï qui, évidemment, possède son manche sur le bout des doigts, mais dont le jeu ne m'inspire pas grand chose sinon du respect. Et puis les joutes de guitaristes, le côté compétition, ça ne m'intéresse pas.
CROSS : Dans Café Bertrand,les textes sont signés Walther Gallay et la musique est créditée collectivement à l'ensemble du groupe. Cette répartition des rôles, c'est une méthode immuable,un manifeste démocratique ou bien encore un accord tactique ?
WALTHER : C'est un peu tout cela à la fois, sauf que ce ni calculé, ni systématique. C'est vrai que la plupart du temps j'écris les textes que je soumet à Steph ou à Dom, ou les deux à la fois, à charge pour eux de faire en sorte que la musique enrobe et propulse mes mots là ou je le souhaite.La basse d'Alain et la batterie de Manu donnant la cadence finale à l'ensemble. Une chanson peut naître comme ça, en quelques minutes, sur un riff, ou bien macérer plusieurs mois, triturée tout au long de jams improvisées durant les répétitions en studio. Il m'arrive parfois de me prendre la tête sur un mot dont la sonorité ne me semble pas coller à la ligne mélodique. Pour moi, une chanson, c'est souvent une image déclic qui déclenche l'installation d'une ambiance ; un type marchant sous la pluie, qui a les boules. Une base atmosphérique qui va libérer du vocabulaire, une histoire, des sons .Je suis très sensible à la sonorité du français. Je suis amoureux de la langue française même s'il est coutume de dire qu'elle ne « swingue pas » alors que des gens comme Gainsbourg ou Nougaro ont prouvé le contraire de même que Léo Ferré a démontré que l'on pouvait faire une poésie violente, une poésie de combat. Le rock et la littérature, c'est souvent un couple maudit .Quand j'étais plus jeune, j'ai pas mal étudié les classiques avant de focaliser sur des auteurs comme E Poe, Dino Buzzati et surtout Kafka dont je suis un fan absolu. Tout le monde connaît « Le procès » ou « La métamorphose », mais il n'a pas écrit que ça.Je pense à un de ses bouquins peu connu,un récit très court qui s'appelle « L'artiste du jêune » racontant l'histoire d'un type qui vit sur un trapèze et qui a décidé de ne pas s'alimenter. Une façon originale de faire la grève de la faim.
CROSS : Oui, le genre de tribune un peu casse gueule pour revendiquer et à ce propos, penses tu que le rock est redevenu une tribune solide pour secouer les consciences ?
WALTHER : Secouer les consciences ? La formule est peut être un peu forte.. Je suis très méfiant vis à vis des discours, des causes, des engagements de toutes sortes. Café Bertrand n'est pas un groupe donneur de leçons .On ne fait pas partie de la bande à Bono. La seule fois ou le groupe se soit investi dans ce genre d'actions,c'est lorsqu'en 2004,nous avons participé à la compilation « Unis contre le Sida ».C'était d'autant plus pertinent que nous connaissons pas mal de gens qui ont été touché par ce fléau .Pour en revenir au discours revendicatif et autres diarrhées verbales contre « cette société pourrie », pléonasme, je pense que le Rap a largement pris le relais,tout au moins au début du mouvement et seulement pour certains groupes. En France, j'ai bien flashé sur le premier NTM ainsi que sur cet album d'Assassins : « Homicide volontaire » .Aux US,je trouve que le premier Public Ennemy cognait vraiment très fort.
STEPH : C'est vrai que le rap à une certaine époque a pris le relais de la contestation mais à partir du moment ou il est devenu un phénomène de mode récupéré par les maisons de disques,il a laissé en route pas mal de sa crédibilité et de sa pertinence .Lorsqu' on voit tous ces clips sur MTV avec ces types qui vocifèrent contre le système en agitant toute une quincaillerie dorée à l'or fin,coachés par des super gonzesses en chaleur qui se trémoussent sur le capot de leurs Ferrari,on se demande à qui exactement ils s'adressent. Je pense à quelqu'un comme Ice T par exemple. Quand on sait que ce type a quand même fait un album avec son groupe métal,Body Count,ou il y avait ce titre « Cop killer »,un truc qui sentait vraiment la rage,avec tout le catalogue du ghetto,et que maintenant il vit à Beverly Hills probablement protégé par ces mêmes flics,il y a de quoi se poser des questions .Maintenant je ne dis pas que tous les rappeurs sont des pantins manipulés par le vilain show biz et que tous les rockeurs sont des purs et durs. Le rock n'a pas le monopole de la sincérité.
WALTHER : Pour ma part, le Rap, le Rock, on ne va pas en faire une guerre de religion. Moi, la seule chose qui m'intéresse est que ceux qui font ça envoient vraiment le bois, que quand ils jouent ils se sortent réellement les tripes. Pour prendre un exemple disons, super basique,j'estime qu'un groupe comme AC DC, qui joue dans les stades,dont les membres sont blindés de fric,etc..,est encore aujourd'hui complètement légitime. Angus Young sur scène, il est vraiment au taquet. En France, il y a un groupe, No one is innocent, qui,à mon avis,est indiscutable tant au niveau de l'énergie que sur le plan du discours. La première fois que j'ai vu le clip de « La peau »,j'ai vraiment été collé au mur. No one, Lofofora ,Ghinzu qui sont belges,voilà des groupes authentiques contrairement à tous les imposteurs qui se suicident en live avec la bénédiction des médias et l'aval des franchisés du tiroir caisse. L'authenticité, l'honnêteté, ce sont des maîtres mots pour moi, pour Café Bertrand. J'ai une vision non pas intégriste du rock,mais intégrale.Ca veut dire que faire du rock,ce n'est pas faire de jolis disques avec des jolies pochettes,faire du rock c'est tout donner,c'est vivre le truc à fond et,parfois,franchir le périmètre de sécurité. De nos jours on est tellement obsédé par la sécurité. Interdiction de fumer, de boire, de pisser, de baiser, attention radars, souriez vous êtes filmés, halte aux décibels, chiez dans les clous, dites bonjour à la haine. Le rock c'est peut être le dernier espace d'insécurité, d'une certaine façon
CROSS : Le Rock, un état sauvage dans l'état ?
WALTHER : Oui sauf qu'on n'est pas des sauvages dans le sens primitif du terme. Vivre le Rock c'est parfois s'en remettre à l'excès, être instinctif et même valoriser l'erreur. « Les airs empruntés » a été enregistré en 4 jours au studio Gang à Paris. On voulait le réaliser dans les conditions du live. Le studio Gang est l'endroit idéal pour ça .On a bossé avec une table qui date de 72.Les micros ce sont des SM 7, les mêmes qu'utilisaient les Stooges pour leurs premiers albums,le genre de détail qui me fait fantasmer. Au départ, on avait prévu de faire 13 titres. Finalement on en a supprimé un qui s'appelle « à la une » qui trouvera peut-être sa place sur le prochain album pour lequel on a déjà 2 voire 3 chansons de prêtes dont une intitulée « Endémie » ou il est dit que « tous les tubes sont cathodiques,voués aux moins de 8 ans qui trouvent les déviances magiques,on baille aux corneilles dans tous les mauvais cirques,depuis la racine à la base ,tout est endémique ».C'est un morceau qui serait plus dans le style de No one,ce côté rentre à fond les potards dans le lard du système.
CROSS : Malgré tes propos concernant ta méfiance vis à vis du discours politique, il apparaît que tes chansons, les chansons de Café Bertrand, développent justement un discours, sinon exclusivement politique,tout au moins largement offensif sur le plan socioculturel et extrêmement critique sur les maîtres de guerre et autres grandes gueules d'apôtres du pire qui menacent de déglinguer la planète. Je pense à des titres comme « Les frères misère » ou « Les minarets de l'offense ».
WALTHER : Il est évident que quand tu fais du rock, quand tu écris pour le rock, tu dépasses rapidement le stade du simple divertissement. Est-il besoin de souligner que l'époque actuelle n'incite pas spécialement à la béatitude littéraire ou à la paresse d'opinion. « Les frères misère » est un titre qui est né, non pas particulièrement de ce qui se passe sur les trottoirs de Paris ou de toutes autres grandes villes françaises ou galèrent les SDF, mais de ce que j'ai vu en Suisse, pays de la propreté, champion de l'hygiène, patrie du fric sans odeur, qui tente de masquer sous un vernis très neutre, des tares sociales qui ne sont pas moins scandaleuses qu'ailleurs. Sauf que la bas, on gère, on rationalise avec, parfois, des méthodes qui étonnent comme organiser le ramassage par bus entiers des junkies pour les emmener dans des centres ou on leur fournit de la méthadone quand on ne leur file pas carrément de la dope gratos pour leur éviter une OD. Sans parler des sans papiers, Albanais et autres, qui mendient ou se prostituent pour bouffer en laissant leurs mômes dans une cage d'escalier le temps de régler leur petite affaire, qui, de temps en temps, se font embarquer par les flics pour éviter que ça fasse trop désordre dans le paysage. Et,en même temps,on peut voir des banquiers en costard cravate sortir des buissons après avoir fait leurs petites emplettes de produits divers et variés pas vraiment en vente dans toutes les bonnes pharmacie La Suisse ,terre de contrastes,un vrai petit paradis sur terre. Quant à la chanson « Les minarets de l'offense »c'est un morceau qui tranche un peu sur le reste du fait de la couleur orientale de la ligne mélodique où vient même se glisser une touche de scratch complètement inédite dans notre musique. C'est d'ailleurs une voie que, probablement, l'on développera dans nos futures compositions en y ajoutant quelques samples. Pour ce qui est du texte, il m'a été inspiré non pas par les derniers rebondissements du conflit Israélo Palestinien, mais par l'ensemble de la connerie guerrière politico religieuse que représente ce conflit ou toutes les parties sont responsables et coupables. Sans oublier, naturellement l'autre énorme tache qu'est G W Bush que je traite de fils chien, ce qui, à bien y réfléchir, est une insulte pour les chiens. Ce qui me démonte particulièrement, c'est l'aspect ou le prétexte religieux de l'affrontement. Personnellement, je suis férocement athée. Je ne crois ni ne croirais jamais en un dieu quelconque. S'il y a une chose en laquelle je crois, c'est à la pertinence et à la puissance de la musique en général et du rock en particuliers. Il y a un truc que j'aimerais faire un jour en tant qu'acte séditieux, pour réveiller, ne serait ce qu'un instant, la conscience des gens ou simplement emmerder les autorités. J'aimerais, le jour du 14 Juillet, planter une scène sur de la place de l'Etoile et balancer un concert à la wild, comme ça, vite fait bien fait, au milieu des ahuris qui défilent.Ca ne durerait peut-être que le temps de deux chansons avant que les flics ne nous savatent, mais cela aurait une sacrée gueule.
Café Bertrand en concert le 29 Mars 2006 au HARD ROCK CAFE à Paris et le 04 Avril 2006 à La Flèche d'Or.
par Daniel Stevenier
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